A Wallis et Futuna, la peur des habitants face à l’arrivée du Covid

Mata’Utu, France | AFP | vendredi 11/03/2021 –

Exempt de la maladie pendant un an, l’archipel de Wallis et Futuna connait depuis dimanche une flambée de l’épidémie de Covid-19, semant l’inquiétude dans la population, et des interrogations sur la vigilance des autorités sanitaires.

“On n’a pas du tout l’habitude de porter un masque mais plus l’épidémie progresse plus les gens respectent les gestes barrière. Nous vivons dans la peur”, a confié à l’AFP Malia-Losa Siakinuu, retraitée de l’enseignement.

“On s’inquiète car on sait qu’on ne dispose pas de personnel et de matériel hospitaliers suffisants pour le nombre de malades”, a-t-elle ajouté.     

Le tout premier cas autochtone de Covid-19 a été détecté samedi dans le petit archipel polynésien d’environ 11.500 habitants, avant que les chiffres ne s’emballent.

Entre mercredi et vendredi, le nombre de cas a plus que doublé, passant de 67 à 146, dont deux en réanimation, pour plus d’un millier de tests effectués.

Un confinement “strict et contrôlé” a été décrété pour deux semaines par l’administration supérieure (préfecture) tandis que des mesures sont prises pour isoler les personnes positives à leur domicile ou à l’hôpital.

Tous les établissements scolaires sont fermés, les vols entre Wallis et l’île soeur de Futuna ont été suspendus et les dernières messes ont été célébrées dimanche dans ces îles où religion et coutume fondent l’identité.

Alors que depuis environ un an, une quatorzaine en hôtel est obligatoire pour tout passager arrivant dans l’archipel dont la sortie est conditionnée à deux tests PCR négatifs, les habitants s’interrogent sur la faille qui a finalement permis au virus d’entrer.

Le premier patient décelé samedi, employé dans un collège, était, selon les autorités, arrivé à Wallis le 18 janvier et était sorti de quatorzaine le 31 janvier après deux tests négatifs.        

Cet homme, évacué depuis dans un état grave en Nouvelle-Calédonie, aurait donc contracté le Covid-19 dans l’archipel où, de source médicale, on estime que le virus circulait à bas bruit depuis plusieurs semaines.

Quatorzaines défaillantes

Des informations communiquées par les autorités calédoniennes indiquent que ce malade “aurait développé les premiers symptômes mi-février”. A l’époque, il n’aurait pas été soumis à un test PCR.    

Joints par l’AFP, des habitants font état “d’une épidémie de grippe avec des maux de tête et de la toux depuis début février, sans que des tests au Covid-19 soient prescrits”.

“Il a dû y avoir une faille dans la gestion des quatorzaines puis un relâchement dans les tests”, estime un fonctionnaire de Nouvelle-Calédonie où le virus s’est propagé, en raison de la bulle sanitaire qui avait été mise en place avec Wallis et Futuna, distantes de 1.800 km.

Contactées, les autorités sanitaires et administratives de Wallis et Futuna n’étaient pas disponibles vendredi pour donner plus de précisions.

Jeudi, Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, a toutefois indiqué dans une déclaration officielle à la télévision publique de l’archipel “qu’une enquête sanitaire était en cours et que ses conclusions seraient rendues publiques”. “J’ai donné pour consigne la plus grande transparence”, a-t-il ajouté.    

Compte tenu de l’urgence de la situation, M. Lecornu a annoncé l’envoi dans les prochains jours “de pas moins de 18.000 doses de vaccins, une quantité suffisante pour vacciner toutes les personnes majeures qui le souhaiteront à Wallis et Futuna”.

Des renforts humains, “plus de 50 professionnels de santé”, et matériels, dont 16.000 tests, sont également en cours d’acheminement pour renforcer les capacités hospitalières limitées.

“A Futuna, nous avons un lit de réanimation”, a indiqué à l’AFP le directeur de l’hôpital Patrick Guillemin, alors que celui de Wallis en aurait deux et une quinzaine de respirateurs.

La progression du virus inquiète d’autant plus que les habitants de Wallis et Futuna présentent un nombre important de co-morbidités qui les rend particulièrement vulnérables. Selon une enquête publiée en 2020, 70% de la population souffre d’obésité, 25% de diabète et environ 30% d’hypertension. 

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