En Nouvelle-Calédonie, le gouvernement n’a toujours pas de président

Louis Mapou, actuel chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès.

Nouméa, France | AFP | mardi 01/03/2021 –

Les membres du gouvernement collégial de Nouvelle-Calédonie ont échoué mardi pour la deuxième fois à élire un président faute d’accord entre les indépendantistes, qui ont la majorité, alors qu’un troisième référendum sur l’indépendance se profile d’ici 2022, a constaté l’AFP.

Le scénario de la première tentative le 17 février s’est reproduit et a vu s’opposer les deux courants du parti indépendantiste Front de libération national kanak (FLNKS).

L’Union Calédonienne a présenté Samuel Hnépeune, jusqu’alors président du Medef NC, et l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) a proposé Louis Mapou, actuel chef du groupe UNI-FLNKS au Congrès. 

Chacun d’eux a recueilli 3 voix sur 11 lors de ce scrutin, qui nécessite une majorité absolue.

Côté loyaliste, Thierry Santa (Avenir en confiance, AEC), président sortant, était lui aussi candidat et a obtenu 4 voix.

Le seul membre du gouvernement issu de l’autre parti non indépendantiste, Calédonie ensemble (centre droit), a voté blanc.     

“On prend le temps de la discussion pour essayer de trouver les meilleurs équilibres. (…) La question de la présidence est évidemment importante mais il y a aussi ce qu’on va faire au gouvernement”, a déclaré Gilbert Tyuinénon, membre du gouvernement, (UC-FLNKS), à l’issue du scrutin.

Bien que qualifiées de “correctes et positives” par M. Tyuiénon, les négociations voient s’opposer durement deux lignes au FLNKS : celle de l’UC présentée “comme ouverte et destinée à rassurer” et celle de l’UNI “qui refuse de dérouler le tapis rouge au patronat” et s’ancre plus à gauche.

“Moment déterminant”

C’est la première fois depuis le début de l’accord de Nouméa (1998), qui organise la décolonisation progressive de l’archipel, que les indépendantistes ont la majorité au sein de l’exécutif.

“C’est un moment déterminant de l’histoire et il est normal qu’on discute. Nous avons de vrais défis à relever qui doivent permettre de montrer que ce que nous proposons est viable”, a déclaré à l’AFP le candidat de l’UNI-FLNKS Louis Mapou. “C’est lent et lourd mais ça avance”, a-t-il ajouté.

L’un des enjeux majeurs pour les indépendantistes est en effet l’organisation du troisième et ultime référendum sur l’indépendance, qui refermera l’accord de Nouméa, et devrait se tenir d’ici septembre 2022.

Les deux premiers, les 4 novembre 2018 et 4 octobre 2020, ont été remportés par les partisans du maintien dans la République avec 56,7% des suffrages, puis seulement 53,3%.     

Alors que la Nouvelle-Calédonie est confrontée à une crise du budget et des comptes sociaux, en raison des déboires de la filière nickel et des impacts de la pandémie de coronavirus, les loyalistes ont déploré ce blocage.    

“Tout ça pour ça. Avoir fait chuter le gouvernement dans la précipitation (…), casser l’équilibre institutionnel qui est fragile dans cette dernière ligne droite de l’accord de Nouméa et tout ça au détriment de la vie quotidienne des Calédoniens”, a taclé Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge notamment de l’enseignement (AEC, non indépendantiste).

Si au 31 mars le budget de la collectivité n’est pas voté, elle sera mise sous la tutelle de l’Etat.     

Aucune date n’a été annoncée pour une nouvelle convocation du gouvernement par le haut-commissaire afin de tenter d’élire le président.

Solution partagée

Le FLNKS a fait chuter le gouvernement de Thierry Santa le 2 février dernier dans le but d’enrayer le processus de rachat de l’usine de nickel du brésilien Vale à un consortium avec le négociant suisse Trafigura, à laquelle il est fermement opposé.

Depuis deux semaines, des discussions sont en cours entre la province Sud, dirigée par les loyalistes, le FLNKS et le collectif opposé à “l’offre Trafigura”, ainsi qu’avec le groupe Vale et le ministère de l’Economie. Selon des sources concordantes, une solution partagée pourrait voir prochainement le jour.

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a appelé dimanche dans une tribune les élus de l’île à préparer ce qui prendra la suite de l’accord de Nouméa, quelle que soit l’issue du prochain referendum.        

“Si, par trois fois, la Nouvelle-Calédonie confirmait son souhait de rester française, il conviendrait alors de lui donner un nouveau statut dans la République”, a affirmé le ministre.     

“À l’inverse, l’indépendance sèche, sans préparation, apparaît insurmontable. Ses conséquences humaines, sociales, économiques seraient assurément désastreuses”, a-t-il prévenu.

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