Pourquoi la crise diplomatique entre la Chine et le Canada commence à inquiéter le monde entier

©     Frédéric Brindelle (avec J.A.)     13 Aout 2021

EXPLIQUEZ-NOUS – La tension entre les deux nations a atteint un sommet avec la condamnation mercredi matin par Pékin de l’homme d’affaires canadien Michael Spavor. 11 ans de prison pour espionnage.

Les Chinois multiplient les condamnations spectaculaires de citoyens canadiens. Mardi dernier, Robert Schellenberg, détenu depuis 2014, avait été condamné à mort pour trafic de drogue, après le rejet de son appel. Michael Spavor a lui aussi payé l’addition.

L’ambassadeur du Canada en Chine a d’ailleurs réagi: « Nous condamnons avec la plus grande fermeté cette décision, le procès a manqué d’équité et de transparence ». Dans ce contexte, un conflit semble inévitable. De quel niveau ? Ca, personne ne sait.

Pourtant les relations étaient excellentes entre les deux pays depuis les années 70. Mais ça fait deux ans et demi que cette crise diplomatique dure.

Quelle est l’origine de la crise ?

Le 1er décembre 2018, le gouvernement Canadien procède à l’arrestation de Meng Wanzhou. Elle est la directrice du géant des télécommunications Huawei, fille du fondateur du puissant groupe chinois. Ce sont les États-Unis qui ont demandé à leur voisin de l’arrêter et de l’extrader afin de la juger pour fraude bancaire.

La Chine arrêtera 9 jours plus tard en représailles Michael Spavor et le diplomate Michael Kovrig, un autre canadien. C’est oeil pour œil, dent pour dent. Depuis chacun campe sur ses positions. Pékin demande la libération de madame Meng. Et comme la justice canadienne doit se prononcer sur l’extradition dans les prochains jours, la guerre d’influence atteint son paroxysme.

Pourquoi cette affaire Meng Wanzhou focalise tant d’intérêts outre le fait que Huawei est un groupe chinois ?

Le véritable enjeu de cette crise ce sont les nouvelles fréquences de la 5G au Canada. Huawei veut le marché avec d’autant plus de vigueur que les 4 partenaires privilégiés du Canada ont déjà repoussé son offre. L’Australie, les États-Unis, Le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, ça représente un petit budget.

Le Canada, lui, n’a pas dit non. Le constructeur chinois a alors entamé son travail de lobbying. Huawei a offert des masques durant la crise du Covid-19, a embauché comme consultants des ex-politiciens canadiens, le business quoi.

Cette arrestation de Meng Wanzhou, en plein travail, irrite Pékin qui accuse les Américains de vouloir les affaiblir sur ce marché stratégique de la 5G. C’est finalement d’une grande simplicité.

Dans cette affaire, le Canada est l’otage de la rivalité géopolitique et technologique entre les États-Unis et la Chine

Il semble en tout cas évident que la seule façon d’obtenir la libération des Canadiens est une diplomatie triangulaire, avec les États-Unis : « Monsieur Biden, Vous oubliez les accusations à l’encontre de Madame Meng, et nous reprenons notre idylle avec votre voisin Canadien ».

Les avocats de Meng Wanzhou ont tenté de démontrer que leur cliente était victime d’un complot. Pékin veut connaître le contenu des correspondances des Canadiens avec les Américains. Ottawa s’y oppose pour des raisons de sécurité nationale.

Justin Trudeau le Premier ministre exclut nécessairement tout compromis, et se justifie : « Si des pays du monde entier, y compris la Chine, comprennent qu’en arrêtant arbitrairement des Canadiens au hasard, ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent du Canada… ». On comprend qu’il veuille éviter une spirale dangereuse.

Les Chinois mettent la pression sur le Canada, partout où c’est possible

Notamment sur l’épineuse question de Hong Kong, propriété de la Chine, en proie a de violents mouvements de dissidence d’un peuple qui vivait il y a peu sous bannière britannique.

Pékin a demandé au Canada en octobre 2020 de ne pas accorder « un prétendu asile politique aux criminels violents de Hongkong, sous peine de représailles ». Le pays compte presque 600.000 citoyens originaires d’Hongkong et près de 300.000 Canadiens vivent là-bas.

Justin Trudeau a dû interdire les exportations d’armes vers Hongkong et suspendre le traité d’extradition. Les exportations canadiennes vers l’empire du Milieu, son deuxième partenaire économique, ont chuté de 16 % en 2019.

Le Canada semble bien démuni face à la détermination chinoise et face à sa puissance.

Libérer Meng Wanzhou réconcilierait peut-être Ottawa et Pékin, mais provoquerait des tensions avec Washington, soutien majeur du Canada. Un dilemme que ce pays, affaibli sur la scène internationale, ne parvient pas à trancher.

Pendant ce temps, si Meng Wanzhou est en résidence surveillée à Vancouver dans sa luxueuse demeure de 13 millions de dollars et libre de ses mouvements, les Canadiens Spavor et Kovrig ont eux, été jetés dans des geôles terrifiantes, éclairées 24 heures sur 24 et Schellenberg patiente dans le couloir de la mort. Ca dit beaucoup de l’équilibre des forces dans ce conflit.

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